18 juillet 2006

Le dernier pot de salsa


Il ne me reste qu'un pot de salsa de ceux que j'ai faits l'été dernier. Ça me fait réfléchir à la planification du garde-manger.

De nos jours, la plupart des gens sont habitués à aller à l'épicerie acheter régulièrement leur nourriture. Nous achetons généralement en prévision des repas des prochains jours ou de la semaine qui vient. Certaines personnes, souvent adeptes des "clubs" comme Costco ou des magasins-entrepôts, achètent de grandes quantités de produits non-périssables ou de produits congelés, prévoyant les manger à long terme et économiser en achetant en gros. Mais de façon générale, j'ai observé que la planification à long terme (sur un an) de notre alimentation ne fait pas vraiment partie des soucis de la plupart d'entre nous.

Le groupe d'achats d'aliments dont je fais partie tient à peu près annuellement une réunion d'évaluation du fonctionnement du groupe. La plupart des membres du groupe sont des jeunes dans la vingtaine, comme moi, mais à une de ces réunions, une membre plus agée suggérait de dédier chaque commande à un type de denrées (par exemple: à tel mois tout le monde achète ses légumineuses pour l'année) pour acheter en grosses quantités auprès de notre grossiste et ainsi économiser encore plus. La réponse de la plupart des jeunes (moi incluse) fut: mais comment vais-je savoir combien il me faut de légumineuses (ou d'huile, ou de farine...) pour l'année? J'ai trouvé que cet exemple illustre bien à quel point la planification à long terme se perd au fil des générations.

Pour nos ancêtres, c'était une question de survie: il fallait que les récoltes soient suffisantes pour nourrir la famille pour l'année. Jadis, avant l'ère de la réfrigération, de la congélation et du transport rapide, les fruits et légumes n'étaient disponibles que localement et en saison, ou encore la famille les conservait (dans une cave au frais, pour les légumes justement appelés "de conservation"). Le blé récolté était moulu pour en faire la farine pour tout l'hiver. Et ainsi de suite. Les techniques de mise en conserves domestiques permettaient aux gens de manger des fruits et des légumes à l'année longue. Avec moins de vitamines et un goût différent, mais je suis certaine qu'ils appréciaient la variété lors des mois d'hiver.

Or, pour avoir de la confiture jusqu'à la prochaine saison des fraises, ou pour avoir des cornichons jusqu'à la prochaine récolte de concombres, nos ancêtres devaient planifier: à un pot de confiture par semaine, il m'en faut 50. Ou, si la récolte était mauvaise: je n'ai que 25 pots de confiture, alors je dois en mettre moins pour étirer ma réserve, ou encore je n'en aurai plus rendu au mois de janvier. Comme j'essaie d'acheter le plus d'aliments locaux possible, et de préparer mes aliments moi-même pour qu'ils soient à mon goût (biologiques, locaux, exempts d'agents de conservation inutiles... autant que possible bien sûr), j'essaie de faire ce genre de planification pour certains aliments... avec plus ou moins de succès.

Par exemple, depuis la première fois que j'ai fait des conserves en 2001, je fais ma salsa moi-même autant que possible. En 2004, j'ai déménagé et passé l'été dans les boîtes, la peinture, le vernis et l'aménagement de mon nouveau chez-moi. J'ai donc "passé tout droit" pour les conserves. Ce fut un plaisir de m'y remettre l'an dernier, surtout après avoir lu les ingrédients des salsas commerciales que j'ai acheté en 2004-2005: les différentes marques contenaient du sel, du glutamate monosodique, des "extraits d'épices", des saveurs artificielles... rien de tout ça dans MA salsa!

L'an dernier, j'ai fait 18 pots de salsa aux tomates (celle que montre la photo), 6 pots de salsa aux pêches et 6 pots de salsa aux tomatillos. En ce moment, il ne me reste qu'un dernier pot de salsa aux tomates et un pot de salsa aux pêches. Je suis plutôt fière de ma planification: le temps des tomates n'est pas très loin et celui des pêches non plus. J'ai passé l'hiver. L'été dernier, je me rappelle de la remarque de Pat: "Encore une batch de salsa! Qu'est-ce qu'on va faire avec toute cette salsa-là?" Mais voilà que dimanche, il me dit "tu vas faire beaucoup de salsa, hein, cet été? Je veux qu'on en ait pour jusqu'à l'été prochain!" (et pourtant, je ne nous ai pas rationnés... Il faut croire qu'il a pris goût aux trempettes, nachos, fajitas et bien d'autres délices que je prépare avec la salsa!)

En passant, un truc pour bien suivre l'inventaire quand on a beaucoup de pots d'un produit en stock (et ce truc vaut aussi pour les produits commerciaux...). Je numérote mes pots en les rangeant, le numéro 1 étant le dernier dans le fond et le plus gros chiffre (correspondant au nombre de pots) étant le plus près du bord de la tablette. Ainsi, quand je prends un pot, je sais tout de suite combien il m'en reste (si je suis rendue au pot 5, c'est qu'il m'en reste 5 pots inclusivement). Je sais donc si je dois étirer mes réserves de "cannages" ou si je peux me jeter dedans (ou en offrir en cadeau). Dans le cas de produits du commerce achetés par caisse, je sais si je dois acheter une nouvelle caisse lors de la prochaine commande de mon groupe d'achats, ou si ça peut attendre...

Sur ce, je vais planifier mes fins de semaine de "cannage" de salsa et autres délices. J'ai déjà commencé ma "saison 2006" par des gelées à la rhubarbe, au romarin et au poivre vert ainsi qu'au martini aux canneberges, dont les recettes sont sur le blogue de Vincent. Maintenant, à moi la garniture pour tarte aux cerises (si je trouve le courage de dénoyauter les cerises...) ou aux bleuets, les tomates en conserves (mais là je planifie d'avance ne pas en produire assez pour l'année, pour cause d'espace de rangement et de temps pour les préparer...), probablement quelques marinades et d'autres gelées... et les salsas. Par contre, je ne crée pas de recettes de conserves--pour être sécuritaires, ces produits doivent avoir une composition précise et je préfère m'en tenir à des recettes éprouvées. Je vous invite donc à consulter le site de Vincent (si ma recommandation ne vous suffit pas, allez lire celle de Tarzile) et celui de Bernardin (fabricant de pots Mason, de couvercles à conserves et d'autres accessoires), ainsi que le guide produit par Bernardin (vendu là où on trouve leurs produits et pas cher: un très bon investissement, si vous voulez mon opinion!).

Référence: Guide Bernardin de mise en conserves domestique, 2e éd. (1995) et 3e éd. (2003). La 3e éd contient de nombreuses recettes pas dans la 2e et beaucoup d'autres "bonis" qui font que je l'ai acheté même si j,avais déjà la 2e et que je suis très contente d'avoir les deux.

Les recettes que je vous recommande dans ces guides, avec la page de la 3e éd. (et de la 2e éd. entre parenthèses):
-Salsa aux légumes frais, p.60 (p.102) (que j'appelle ma "salsa aux tomates"; celle de la photo ci-dessus)
-Salsa aux pêches, p.61 (p.103)
-Salsa aux tomatillos, p.61 (-)
-Conserves de poires au gingembre, - (p.32)
-Tartinades aux fraises ou aux bleuets ou aux pêches épicées, p.26 (p.16-17)
-Achards antipasto (p.101)

Et malheureusement, une recette que je ne vous recommande pas... le chutney à l'orange et à la rhubarbe (2e éd. p.106), que j'ai trouvé trop sucré et pas assez savoureux.

7 commentaires:

Vincent a dit...

Wow que d'éloges pour mon blog cette semaine ! Je vais virer égocentrique ! :)

Ma méthode de planification n'est pas très intelligente... j'en fais toujours trop, a chaque année, et depuis plus de 30 ans. (ç:

Miss Patata a dit...

C'est vrai ce que tu dis, et on ne s'en rend même pas compte! Nous sommes trop habitués de tout avoir d'un claquement de doigt, nous perdons des aptitudes...

La recette de salsa mmmm ça me tente!

Lucie a dit...

Quand je vois que je suis pour en avoir vraiment trop, je fais des cadeaux...

L'an dernier j'ai fait des cornichons pour la première fois. Je ne sais pas comment le maraîcher avait pesé les concombres, mais au lieu d'en avoir 6-7- pots comme le prévoyait ma recette, j'en ai eu le double. J'en ai donné quelques pots dans ma famille, et il m'en reste encore... ;-) Si j'en refais, je vais demander le poids exact au maraîcher. Et je vais m'assurer de savoir en lbs ET en kg combien j'en veux, car je crois que le maraîcher en question avait mal fait la conversion l'an dernier...

Isabelle a dit...

Tu as ramené à l'esprit un très beau souvenir : quand j'étais en visite chez mes grands-parents, j'adorais aller chercher un pot dans la chambre froide. Je m'ennuie d'une chambre froide...

Je me pose maintenant la question, suite à ta chronique d'aujourd'hui : vu que tous les produits sont offerts maintenant 24 heures par jour, près de chez nous, à prix très bas, est-ce que nous pouvons faire un lien entre cela et la surconsommation ?

Lucie a dit...

Isabelle: je trouve que tu as raison, la "trop grande" disponibilité ne nous aide pas à nous demander si on a vraiment besoin de quelque chose avant d'acheter, ou s'il serait avantageux (pour notre économie, pour l'environnement, pour l'équité sociale, etc...) de l'acheter ailleurs ou autrement...

Vincent a dit...

Autrefois, la mise en conserve domestique (et autre moyens de conservation) étaient au coeur de l'économie familiale, sinon une question de survie.

Il serait fastitidieux d'énumérer tout ce qui a changé depuis. Résumons-le ainsi :

Le problème alors était la survie, et maintenant on parle d'un problème de surconsomation.

Résumons-le encore d'un autre point de vue :

Quand on est une mère de famille dans la trentaine, avec déjà 12 enfants sur les bras, à vivre à 14 sur un Km carré de terre gelée la moitié de l'année, loin de tout, on le termine quand le doctorat en chimie de l'environnement ?

Essayons encore un autre point de vue :

Pour la plupart des surconsommateurs, toute la planification est strictement budgétaire. Vivant dans un environnement ou tout est disponible, partout et tout le temps, les seules réserves à faire sont monétaires. Pourtant, la plupart des surconsommateurs marinent dans la dette tout juste sous les narines.

Maintenant le temps de me frotter le nez dans ma flaque :

J'ai beau être un soft granoux vivant dans la simplicité volontaire depuis bien avant que le terme ne fut populaire, je surconsomme aussi. J'ai beau savoir assez précisément combien de pots de cornichons je ferai avec tant de livres ou de kilos, j'en fais toujours trop. J'ai beau être un consultant en marketigne connaissant mieux que la moyenne les conditions psychologiques exploitables (lire d'honteuses lacunes mentales ) pour conditionner la consommation, je m'y fait prendre moi-même. Mon lit est à 10 pas "d'une chambre froide" contenant pour plus d'un an de bouffe variée. J'ai qu'a étirer le bras et groumph miam miam!

Je bouffe tellement que je souffre d'embonpoint, je dois faire de l'exercice parfaitement inutile pour brûler les calories de ma surconsommation. C'a n'aurait pas été nécessaire, si j'avais dû piocher moi même dans le champ pour faire pousser mes betteraves ou mes cornichons.

La surconsommation court-circuite la science, la conscience, la culture et l'éducation. Elle court-circuite même l'instinct, car même les bactéries en sont coupables de surconsommation.

Tant qu'une beubitte est en présence de bouffe, elle bouffera.

J'ai beau tenter de faire ma petite part consciemment, ma beubitte l'emporte.

J'ai comme l'impression que seules les catastrophes prévues saura efficacement limiter notre nombre, mais pas notre appétit.

Et pourtant, on me dis de nature optimiste.

Lucie a dit...

Bon, Vincent qui écrit un commentaire plus long que le billet ;-) (mais ce n'est pas un reproche, ton commentaire est pertinent et intéressant!)

Comme tu l'as dit: tu achètes ce que tu cannes, tu ne le cultives pas toi-même. Sinon tu cannerais probablement moins! ;-)