04 mai 2006

C'est encore loin, Grand Schtroumpf?

Très loin, très très loin!

Pourquoi, alors que nous produisons du délicieux yogourt biologique au Québec (par exemple, le yogourt Liberté) et pas très loin en Ontario (le yogourt Pinehedge), est-ce que les épiceries se mettent soudainement à en vendre qui vient de Colombie-Britannique (Olympic)?

Pourquoi l'épicerie Metro près de chez moi ne tient-elle que des canneberges séchées américaines Ocean Spray, alors que le Québec produit tant de canneberges? Elles sont de plus en plus faciles à trouver, par exemple la marque Fruit d'or (que le IGA près de chez moi tient, lui!), sans parler de celles vendues par les fermiers dans les marchés publics...

Pourquoi mon épicerie naturelle préférée, Alfalfa, tient-elle soudainement du chocolat équitable de Colombie-Britannique? Déjà qu'à ma connaissance, tout le chocolat équitable transite par la Suisse avant d'arriver ici, ce qui est énormément de transport inutile, c'est encore plus aberrant s'il se rend jusqu'à Vancouver avant d'être expédié ici! Alors que le Cocoa Camino ne passe que par Ottawa, sans parler du Équita...

Ça me rappelle un dossier de La Presse sur le bio, l'automne dernier je crois, où les fondateurs du mouvement d'agriculture biologique trouvait que celui-ci se marchandisait à outrance et en oubliait ses buts fondamentaux: la protection de l'environnement... Or, le transport pollue énormément, il ne faut pas l'oublier! Un légume non-bio du Québec est probablement moins polluant que le même légume en version bio mais venant du Mexique ou de la Californie! Les fondateurs du bio avaient même créé une nouvelle appellation, "tairwa'" (sic), c'est-à-dire carrément "terroir" prononcé par un anglophone puis écrit au son(!), pour tenter d'amener les gens à faire la différence entre le bio-agribusiness (c'est-à-dire la récupération du bio en tant que "créneau de luxe" par l'agribusiness traditionnelle, orientée maximisation des profits) et le bio qui respecte l'esprit du bio: petites fermes, pluriculture (une monoculture à grande échelle, même bio, reste une monoculture à grande échelle avec son absence de biodiversité et autres problèmes écologiques), pas de recherche du profit effrénée...

Donc les gros du bio veulent imiter les gros du non-bio et essaient de "développer des marchés" toujours plus loin, et convainquent les gérants des épiceries...

Si nous ne sommes plus attentifs pour quelques instants, ils nous inonderont de nourriture qui vient inutilement de loin.

Oui, l'utopie où nous mangerons intelligemment est loin, très loin, très très loin...

Je compte imprimer ce billet pour l'amener aux gérants des épiceries que je fréquente. Vous pouvez faire de même, avec mention de la source, bien sûr.

19 commentaires:

Tarzile a dit...

Je suis tellement d'accord avec toi. La protection de l'environnement, c'est aussi de ne pas parcourir la moitié de la planète.

La souveraineté économique, c'est d'encourager les gens autour qui achètent chez toi. Citron que c'est difficile à comprendre.

Merci de l'avoir écrit. Je t'appuie à 100%

Tarzile

Ninnie a dit...

J'aime beaucoup ton blog justement pour le genre de billet que tu y publies. Comme Tarzile, j'abonde dans le même sens que toi. Je compte suivre ton dernier conseil, assurément, d'autant plus que mon épicerie du coin est un supermarché Metro.

Lucie a dit...

Merci de vos bons mots les filles... C'est un sujet qui me tient pas mal à coeur!

Vincent a dit...

Bien bien bien...

Mais encore faudrait-il peut-être pouvoir compter sur nos propres producteurs ? Juste avant les fêtes, j'ai envoyé plus de 40 courriels aux producteurs maraîchers biologiques du Québec. Je leur offrait gratuitement un espace bien visibles sur mon blog, à une page par producteur, avec photos et tout. L'objectif était de les faire connaître aux groupes de 'canneux' désirant faire l'autoceuilette, où encore commander de bonnes quantités à l'avance (un peut comme les fameux paniers). Quand un groupe de canneux achètent, c'est pas au petit pannier de kiosques. Mon groupe de canneux achètent 60 boisseaux de tomates par année. On voullait 'canner' bio cette année.

Mais on le fera pas.

Pourquoi ? Un seul m'a répondu, et il a même pas été foutu de m'envoyer son matériel tel que promis.

Au mois de février, j'ai demandé aux 5 producteurs maraîchers bio pas trop loins, si c'était possible de s'arranger pour commander d'avance de telles quantités. Aucun ne m'a même répondu.

Hé bien cette année, je vais retourner chez mon maraîcher "pas bio" qui autorise l'autoceuillette, qui paye pour sa publicité, et qui retourne mes courriels.

J'irai voir les bios quand ils seront sortis de leur crise d'adolescence.

Lucie a dit...

Ah Vincent, c'est malheureusement trop fréquent des histoires comme ça.

Tu sais déjà qu'en cannant "québécois" et à la maison (avec des pots réutilisables) tu te nourris de façon intelligente et écologique. C'est super qu'en plus, tu aies essayé de le faire en bio cette année.

J'espère que dans pas trop longtemps, tu trouveras un fournisseur bio... J'espère aussi que les agriculteurs bio auront bientôt les moyens de ne plus être "adolescents". Parce qu'en ce moment, ils ont peu ou pas accès aux subventions des agriculteurs traditionnels, et ils croulent sous le travail (en bio, il faut beaucoup plus de main d'oeuvre qu'en traditionnel, par exemple pour désherber manuellement au lieu d'utiliser des herbicides). Ça ne les excuse pas (ils ne réalisent probablement pas tout le potentiel de ce que tu leur offrais!!!!! et de toute façon c'est impoli de ne pas répondre!), mais j'espère que tu ne leur gardera pas rancune même si c'est très frustrant de faire plein d'efforts quand les autres semblent s'en foutre...

Vincent a dit...

On pouvait pas être plus clair "un petit groupe d'achat pour environ 10 000 $ de produits variés, payés en partie d'avance et avec un partage des risques". Pas même une réponse ? Scuzz moi mais y dorment tu au gaz ?

De plus, fais l'expérience, vas sur le site d'équiterre puis écris au producteurs. Un courriel sur deux va te rebondir dans face ! Bin qui se mettent tous tout nu, fassent un grand cercle et chantent Kumbaya !!! Vu comme ça, c'est vraiment pas étonnant que leur propre marché leur échappe. C'est tout ce qu'ils méritent.

Lucie a dit...

Euh Vincent, je ne veux surtout pas t'insulter, mais lu comme ça ton résumé de tes courriels fait penser à ces arnaques d'africains qui veulent qu'on leur "prête du cash pour faire sortir un héritage d'Afrique en échange de commission blablabla..." et je me demande si ça n'a pas fini dans leur dossier pourriel?

Je vais faire savoir à Équiterre que leur répertoire n'est pas à jour (quoi qu'eux aussi manquent de fonds, voir ici: http://estomac.blogspot.com/2006/04/ah-non-non-non.html ).

Vincent a dit...

Je veux pas partir en guerre contre qui que soit mais :

1 - Des propositions d'affaires, j'en écris fréquamment. En général, on me répond. Ensuite on fais affaire ou pas selon les négos qui suivent.

2 - Équiterre vont probablement te répondre qu'ils ont pas de temps à perdre à mettre à jour les courriels, car leurs membres ne répondent pas au courriels qu'on leur envoient de toute façon. :)

Les envois dont je parlais ont étés distincts, un pour leur offrir de la visibilité gratuite, une seule réponse. Une promesse non tenue.
L'autre envoi pour savoir si ils étaint intéressés à recevoir de l'argent au mois de décembre pour des récoltes de l'été prochain. Un peu comme ils font avec les abonnements aux paniers bio non ?

Je vois rien qui viens d'Afrique écrit en anglais qui promet des milions là dedans... si ils ont mis un filtre pour flusher les courriels aussis tôt qu'un message contiens "$", pas étonnant qu'ils manquent le bateau.

Franchement Lucie, j'ai jamais vu ça , c'est incroyable.

Je suis bien pour qu'on tente de faire de nouveaux réseau de distributions alternatifs, mais butté à une telle insouciance, ça avancera jamais.

Je crois pas qu'on puisse blamer les chaines de distribution d'aller voir ailleurs.

Arthur a dit...

Si je puis me permettre, pour avoir dialoguer avec certains de ces producteurs bio et commander des quantités de produits avec eux, il y a un merveilleux outil qui s'appelle le téléphone. Très peu utilisent le courriel, même s'ils en ont un. Ces gens-là travaillent au champ de 7h du matin à 9h le soir. Peu le temps de surfer sur le net ...
Et quand on fait une telle proposition, on fait une relance téléphonique pour effectuer un suivi. Il me semble que c'est la moindre des choses de montrer notre réel intérêt à collaborer.
Pour l'exemple des tomates, certains producteurs n'en produisent pas assez pour prendre de telles commandes, vu qu'ils réservent la majorité de leur récolte pour les partenaires ASC, ce qui est logique, vu que c'est eux qui payent au début de la saison. Une minorité a encore du stock de disponible, qu'ils vendent dans ce cas-là soit à des particuliers soit à des magasins.
Ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas répondu à tes courriels qu'ils sont ignorants, anti-technologies ou inintéressés ...

Vincent a dit...

Merci de ton intervention Arthur.

Elle me fait réaliser des points expliquant mon choc. J'oeuvre en promotion de sites web et la plupart de mes contacts répondent aux courriels dès qu'ils en ont le temps. Ce millieu considère les courriels plus efficaces et plus surs. Tout est consigné par écrit, et on le consulte ou y fait suite selon nos critères de gestion de temps. C'est pas comme un coup de téléphonne qui arrive au moment innoportun, peut s'étirer dans le temps, et pour qui on doit compter sur la mémoire et l'interprétation du message que l'autre à eu.

C'est pourquoi on reserve les conversations téléphoniques au minimum et pour des cas requérant une haute interaction.

Ceci dit, j'ai passé mon enfance et une partie de mon adolescence sur une ferme. Je sais ce que c'est de pelleter de la marde, bêcher le champ, conduire un tracteur et ramasser des roches. Bien sur, à l'époque y n'avait pas d'Internet, et j'étais loin de m'imaginer un mode de communication aussi génial. Mais si à l'époque, j'avais recu une lettre d'un client potentiel voulant acheter pour 10 k de produits, et m'en payer une partie d'avance, et de partager les risques, j'aurais pris le temps de me décrotter les ongles pour y répondre !

J'ai jamais dit que je croyais qu'ils était "ignorants, anti-technologies ou inintéressés" mais maintenant que tu tentes le diable, je dirai qu'ils me semblent si irresponsables de leur mise au marché qu'ils ne méritent pas de s'en occuper. J'ajouterais que l'organisme qui les regroupent ne vaut pas mieux.

Bien sur, mon opinion est basée sur une expérience personnelle. Mais je la crois justifiée.

Je ne répéterai pas les vains efforts à tenter de consommer leurs produits, et je suis pas étonné que les distributeurs, même bio, aillent voir ailleurs.

Arthur a dit...

Tu as l'air convaincu ...
Tu n'as pas l'air d'avoir lu en détail ce que j'ai écris.
Ça me tente pas d'avoir un débat sur le bio, l'Internet et les consommateurs.
Fais ce que dois ...

Vincent a dit...

Salut arthur,

J'ai bien lu dans le détail ce que tu as écrit. J'ai pas répondu à tout car certaines choses me semblent évidentes.

1 - Je payerai pas des interurbains, ni perdrai les temps de le faire, pour offrir des cadeaux, ou me montrer intéressé comme client.

2 - Si ils utilisent pas leurs courriels, pourquoi les publier ?

C'est pas de gaieté de coeur que j'ai partagé ici mon expérience décevante et mon opinion. Je tenais simplement à pourvoir une partie de réponse au sujet du billet.

Je le résume encore :

Je ne suis pas étonné que la distribution des produits bio vont ailleurs pour se fournir. Il est trop difficile de contacter nos producteurs locaux, ils ne répondent même pas aux requêtes. Ça laisse imaginer le reste du service où ils devraient répondre à la demande.

Franchement arthur, je crois en avoir fait assez.

Pour te reprendre, les producteurs bio d'ici ne me semblent pas "faire ce que dois...", même au minimum, pour faire partie du marché.

Arthur a dit...

Salut,

je ne dis pas que tu n'en as pas fait assez ...

Je dis juste que demander par courriel à un producteur bio du Québec 60 boisseaux de tomates est irréaliste.

J'ai déjà expliqué au sujet du moyen de communication utilisé et ne reviendrai pas là-dessus (il me semble que payer un inter-urbain pour être sûr que le message se rende et, au final, récupèrer bien plus que l'argent investi dans le coup de téléphone par le prix de gros est une évidence mais ce n'est que mon avis ...).

Concernant la quantité demandée, je suis quasiment sûr qu'aucun producteur ne te fournira autant parce qu'ils n'auront pas le dit-stock !
Et pourquoi les chaînes de distribution vont voir ailleurs ? Parce que lorsque l'une d'entre elles achètent des carottes, elle en veut des quantités astronomiques. Ce que ne peut fournir un petit production bio. En passant, si un producteur bio faisait de la monoculture bio (quelle aberration) juste pour pouvoir vendre à ces chaînes, je pense que le monde tournerait à l'envers ... Pour ne citer qu'une raison qui empêche beaucoup d'agriculteurs bio à faire de la monoculture, ou tout au mois, limiter au minimum leurs variétés : si la saison est mauvaise, étant donné que les solutions écologiques à différents problèmes (insectes, etc.) sont plus rares, ils feraient rapidement faillite ...

Je te relance avec ta dernière phrase, histoire d'avancer dans le débat : les productions bio locaux ont-ils leur place dans un marché du "tout pour le moins cher et en gros" ?

Tiens, j'avais oublié de noter ton commentaire : "J'ajouterais que l'organisme qui les regroupent ne vaut pas mieux." Ça me ferait très plaisir d'avoir ton avis détaillé et critique là-dessus.

Vincent a dit...

Salut arthur, :)

Moi je dis juste que j'ai jamais vu ça nulle part ailleurs.

Met-toi dans la peau d'un consommateur qui tente de joindre un producteur maraîcher bio pour lui payer d'avance *pour 10 k* de ses produits, et partager ses risques au mois de décembre et janvier. Il passe par Équiterre pour le répertoire, il écris une quarantaine de courriels. La moitié rebondissent, le reste demeure lettre morte... C'est pas irréaliste, c'est Martien. Le consommateur a perdu confiance, il n'y crois plus et n'y retournera probablent pas.

Quand j'ouvrirai ma conserverie artisanale, je souhaite empoter des aliments produits ici. Je crois qu'une bonne partie de ces aliments seront bio. Mais pour ce, il faudrait un minimum de communication de la part des fournisseurs. La communication est à la base des échanges commerciaux. Sans un minimum de communication, ils ne seront pas dans le commerce.

Pas compliqué.

Arthur a dit...

Salut Vincent,

je pense qu'on est aussi têtu l'un l'autre ...

Mais j'insiste : appelle-les ! Tu seras totalement fixé sur leurs raisons de leur silence, leur intérêt face à ton offre, leurs possibilités ...

Je te souhaite de finaliser ton projet de conserverie artisanale !

Vincent a dit...

Salut arthur,

Merci d'insister, mais en quoi ça va régler le problème ? Ça aura peut être réglé le problème pour moi, mais ça ne les aura pas rendus plus responsables face à la mise au marché de leurs produits. Si il faut absolument les joindre au téléphone pour communiquer avec eux, pourquoi publier des courriels ?

De toute façon, il est trop tard pour la production de cette année. Quand ma conserverie sera plus concrète, j'irai les voir en personne et on verra bien à partir de là.

C'est ma motivation principale d'offrir des produits d'ici aux gens d'ici. Va lire la page d'accueil de mon blog et surtout ne rate pas "les aventures illustrées de Kécanne la petite boîte". Tu verras que mes motivations sont parfaitement en ligne avec celles des producteurs bio et des consommateurs sensibilisés aux problèmes de la malbouffe.

C'est juste que comme premier "contact", ç'est loin de promettre.

Arthur a dit...

...
J'ai fait un tour sur ton site.
Bien intéressant.
Les aventures de Kécanne sont drôles !
Au plaisir.

Vincent a dit...

Je suis content que ça t'ai plu Arthur.

j'avais besoin d'être rassuré, car en me relisant ici,... ça fait pas très positif, disons. :)

Je ferai plus d'efforts pour les rejoindre quand mon truc sera devenu plus sérieux. Je m'en voudrais d'acheter mes tomates bio ailleurs pour les vendre ici.

Arthur a dit...

En lisant tes messages, j'avais la triste impression de voir deux 'entités', toi et les producteurs locaux bio, qui, pour des raisons de canaux de communication plus ou moins efficaces pour les uns et les autres, n'arrivaient pas à s'unir pour la même cause.
Et j'étais peiné car je suis sûr que, si à un moment vous arrivez à entrer en contact, une belle magie va s'opérer !
Peut-être faut-il 'laisser le temps au temps' et patienter ?